Tintin et Zézette au pays du Guacamole

Le voyage de noces d'Anouk et Philippe au Guatemala et au Mexique. (Merci Stéphane pour le titre).

24 janvier 2006

Départ pour l'Europe

pict1324C'est le jour du départ, notre petit portier de nuit nous réveille à 7h, insiste, frappe une fois, deux fois, trois fois... Il ne s'en va pas avant d'avoir eu la preuve que nous étions bien réveillés ! Nous sommes donc obligés de nous lever et d'entrouvrir la porte pour lui donner le signe de vie qu'il attendait. Ou bien attendait-il autre chose de plus négociable dans ce bas-monde ? Nous conservons de ce point de vue une naïveté très touchante, pensant a priori que les gens des pays pauvres ou en voie de développement se contentent des sourires de candides touristes. Une fois harnachés comme pour aller au combat, nous partons à pied pour la gare routière toute proche, à deux minutes de marche. Les rues sont encore toutes inondées des pluies de la nuit et la machine économique de notre "Cinquième Avenue" de Playa del Carmen semble se remettre poussivement en route. Provision d'eau pour la journée et montée dans le bus ADO qui nous fera faire notre dernier trajet sur le sol mexicain. Le paysage reste imperturbable, fait de feuillus et de friches, jusqu'à l'aéroport. Nous nous enregistrons très vite et avons la chance que nos bagages ne soient même pas fouillés manuellement. Nous allons ensuite prendre notre petit-déjeuner avant de passer en zone d'embarquement. Derniers toasts et dernièere salade de fruits à la mexicaine.

Tandis qu'Anouk s'attèle avec passion à faire le bilan financier et touristique de notre séjour, je pars me faire cirer les chaussures par un Mexicain que j'avais repéré pendant le petit-déjeuner. Son client précédent le quitte à peine que je m'installe sur les sièges de la salle d'attente de l'aéroport. Il me montre son badge : il est "personnel autorisé". Tout fier de confier mes chaussures - qui avaient beaucoup souffert sur les sites archéologiques souvent poussiéreux - à un cireur accrédité, je l'observe passer les trois couches de produit noir qui lui tachent les mains et les poignets. Il me pose des questions sur mon orgine et j'essaie de me débrouiller comme je peux, sans l'aide d'Anouk qui dialogue avec notre calculette de voyage. Mon cireur me raconte qu'il connaît 5 langues étrangères : l'anglais, l'allemand, l'italien, le français et le japonais. Il se lance alors une grande démonstration de traductions successives de ses expressions les plus courantes. J'ai donc eu droit à un spectable audio fait d'expressions usuelles comme "la chaussure gauche, s'il vous plaît" - "l'autre pied maintenant" - "je cire les chaussures" en cinq langues différentes. J'ai préféré le japonais, surtout au moment de l'expression "changez de pied". Il termine son travail très soigné, mes chaussures n'ont jamais autant brillé de leur piètre vie à mes pieds. C'est à ce moment précis qu'arrive le bouquet final. Mon cireur mexicain me dévoile le secret des lacets bien serrés : "el nudo alemàn", le noeud allemand. Il prend mes deux lacets, les croise deux fois, serre bien au centre et forme ensuite deux boucles avec la longueur restante. La boucle de gauche est passée deux fois sous la croisée précédemment réalisée et la bouche de droite une fois. Ensuite, il tire latéralement et très fort sur les boucles pour bien nouer le tout. Effectivement, le résultat est impressionnant et donne un très grand sentiment de sécurité au pied. Aucun risque de perdre une chaussure de cette manière. Mais le fin du fin de ce noeud germanique, c'est qu'il se défait très bien, malgré sa tournure compliquée. Il me regarde avec un large sourire, prend ostensiblement les deux bouts de mes lacets, les place de chaque côté de la chaussure et, dans un grand mouvement de bras bien articulé autour du coude, il tire. Rien ne se passe. Il tire à nouveau, un peu plus fort, mais l'ensemble résiste. Il me regarde en souriant et me dit de ne pas m'inquiéter et qu'il va recommencer. Il réessaie, tire, tire encore plus fort et tout à coup les boucles cèdent. Et me voilà, avec sur ma chaussure gauche, ce qui ressemble fort à un plat de nouilles toutes noires. Les lacets sont complètement emmêlés sur le haut du pied et le cireur, déçu et blessé dans son amour propre, s'affaire sur l'imbroglio inattendu pour me sortir du tracas occasionné. Il n'arrête pas de s'excuser - "lo ciento", "disculpe". Mais comme il trouve son noeud génial, après avoir terminé de le démêler, il le refait en le serrant bien fort. Je repars, un peu inquiet du moment où il faudra tout défaire, mais content du service.

Nous passons en salle d'embarquement et nous installons dans l'avion. Le pilote nous annonce que puisque tout le monde est là et que la piste est dégagée, nous allons partir avec 15 minutes d'avance. Ils ne reculent devant rien ces Américains, quel pragmatisme. Le débarquement est tout aussi discipliné que l'embarquement, nous sommes émerveillés. Pas de précipitation pour se lever et récupérer ses sacs dans les coffres à bagages une fois l'appareil arrêté, pas de cohue pour sortir, chaque rangée se vidant avant que la suivante ne se lève. Dans l'aéroport de Houston, même cirque qu'à l'aller, même scanners des index des deux mains et même photo webcam. Encore une fois, l'illéttré que je suis a mal rempli le formulaire - j'ai oublié de tourner la page - et il nous fait quitter la file pour aller le remplir plus loin. Nous revenons à la charge avec nos documents griffonnés et passons la barrière symbolique de l'immigration. Récupération des bagages, passage aux douanes, réenregistrement des bagages, dernier contrôle des bagages à main et nous voilà dans la belle zone duty free du grand aéroport de Houston. Tout y est grand, propre et bien organisé. Nous prenons le déjeuner sur place, notre plus grave erreur de la journée : des salades de pâtes froides avec des légumes crus recouverts de la sauce sucrée - glurps - et faisons les boutiques. Dans la librairie de l'aéroport, nous sommes poliment abordés en français par un Américain cinquantenaire bourré, de tics et de tocs faciaux, qui semble obligé d'expulser bruyamment de l'air toutes les minutes que Dieu fait en fronçant le nez. Entre deux jets d'air chronométrés, nous le complimentons sur son français :
- "Vous parlez très bien français !"
- "Oui, merci, mais vous savez, j'ai été pendant très longtemps professeur d'espagnol aux Etats-Unis."
- "??? Euh... ah, d'accord !"
- "Et vous, vous allez au Mexique ?"
- "Non, nous en revenons."
- "Ah, très bien, et vous allez à Mexico ou à Puebla ?"
- "Euh, non, non, nous avons terminé notre séjour."
- "Ok, parce que moi, je vous conseille Puebla."

Notre départ pour Paris se fait remarquablement à l'heure, nous embarquons dans un avion aux deux tiers vide. Une fois installés, nous changeons de place et occupons chacun trois sièges, ce qui nous permet de nous allonger et de profiter d'un peu de repos pendant tout le vol. Nous arrivons à Paris par 5°C au sol et nous engouffrons dans les longs couloirs de Charles-de-Gaulle. Notre voyage de noces est terminé. Ce fut un très beau voyage. Nous en garderons un souvenir émerveillé.

Posté par guilbertph à 14:49 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Titre du commentaire

"Anouk s'attèle avec passion à faire le bilan financier"
Tu n'aurais pas mis en place des échanges avec l'Allemagne des fois ?? ;-)
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""el nudo alemàn", le noeud allemand. Il prend mes deux lacets, les croise deux fois, serre bien au centre et forme ensuite deux boucles avec la longueur restante. La boucle de gauche est passée deux fois sous la croisée précédemment réalisée et la bouche de droite une fois. Ensuite, il tire latéralement et très fort sur les boucles pour bien nouer le tout."
Faudra nous faire une démo !

Posté par Pattt, 30 janvier 2006 à 11:44

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