22 janvier 2006
Ruines mayas de Cobà
Lever à 7h30 aujourd'hui, le jour nous
attend. Frais et dispos, nous sortons pieds nus sur le sable chaud,
contemplons la belle lumière du matin qui se reflète sur la mer des
Caraïbes et traversons le large espace de sable blanc qui nous sépare
du restaurant de l'hôtel pour prendre notre petit-déjeuner. Au menu : toasts et
salade de fruits, vue sur la mer et sur ses admirateurs matinaux qui
courent déjà le long de la plage ou sont assis en lotus face aux vagues. Nous partons bientôt
en quête d'un taxi pour rejoindre le Terminal de la gare routière.
Notre destination du jour : les ruines mayas et sauvages de Cobà. Une
heure de bus. Nous traversons toujours cette même forêt de feuillus qui
ressemblent vaguement à des boulots émergeant de la friche. La route est mauvaise, en
travaux pour élargissement et réfection. Nous apercevons beaucoup de huttes
semi-traditionnelles, avec leurs toits de chaume local qui couvrent
souvent un mur de tiges de cannes à sucre mal ajustées ou des rangées de parpaings.
La pauvreté fait irruption au beau milieu de petits terrains défrichés au carré. Tous
ces hameaux vendent des souvenirs que nous connaissons maintenant bien : masques, tissus, nappes, robes traditionnelles blanches
brodées, petits couteaux d'obsidienne, etc. Le bus file et les étals
poussiéreux, perdus en pleine forêt, déserts, nous font une drôle d'impression
de totale perdition. Nous arrivons bientôt dans le village de Cobà et
ses quelques maisons bricolées, assemblées d'un rez-de-chaussée bétonné
et d'un premier étage hypothétique, souvent simplement suggéré par
quelques tiges filetées qui pointent vers le ciel. Nous nous rendons à
pied à l'entrée du site.
Arrivés aux guichets de l'entrée, très
simples, beaucoup plus simples que tous ceux que nous étions habitués à
voir jusqu'à présent, un guichetier avachi sur sa chaise nous informe
que l'accès au parc archéologique est gratuit le dimanche. Nous entrons
donc, pressés de découvrir ces ruines envahies de végétation. Comme le
site est très étendu, certains vestiges étant distants d'un kilomètres les uns des autres, nous achetons deux petits plans avec les
principaux vestiges et louons deux vélos pour faciliter nos
déplacements à l'intérieur de la zone. Des chauffeurs de tricycles nous proposent leurs services de taxis sur trois roues, un petit charriot poussé par un vélo, mais nous préférons notre liberté de mouvement. Le parc nous
permet de voir deux très beaux terrains de jeu de pelote, à mon sens les
plus beaux et les mieux conservés et/ou restaurés que nous ayons vus
jusqu'à présent - mais différents de ceux de Chichen Itzà. Leurs étroites allées centrales et leurs murs latéraux
bien inclinés, leurs anneaux bien largement creusés et leurs dalles
ornées d'une tête de mort nous impressionnent beaucoup. On réussit presque à s'imaginer les joueurs courant d'un bord à l'autre du terrain pour faire passer leur balle de lourd caoutchouc à travers les anneaux de pierre en surplomb. Les pyramides
quant à elles sont moins imposantes que celles des autres sites, sauf
deux, l'une aux angles tout arrondis formant un bel ovale, étrangement sans temple
au sommet, et l'autre, la plus connue, la plus haute de toute la
péninsule du Yucatan, haute de plus de 42 mètres, Nohoch Mul.
Au pied de la grande pyramide, des touristes francophones débattent à côté de nous :
- "Ouais, ils disent que c'est haut, mais si on réfléchit bien, c'est pas plus haut qu'un camion finalement".
- "Attends, un camion, c'est pas plus de trente mètres, non ?"
- "Ah oui, trente mètres, c'est bien le maximum."
- "Ah bon, parce que là, elle fait 42 mètres quand même, cette pyramide !"
- "Ouais... bon... ok, 12 mètres de plus. T'avoueras que c'est pas beaucoup plus...quand même."
Sur ces considérations bien mesurées,
nous décidons d'y monter. Anouk hésite
beaucoup, la simple inclinaison de la pente, vue d'en bas, lui donne le
vertige. Elle décide tout de même de m'accompagner, luttant contre sa
peur. Une corde, placée au milieu des marches, aide les plus angoissés
à monter ou à descendre. Finalement arrivés au sommet, nous jouissons
d'une vue panoramique sur une étendue de forêt à perte de vue, ponctuée
du sommet de notre pyramide ovale et... des toits de l'hôtel du Club Med,
construit à quelques centaines de mètres de là, au bord du lac qui
alimente la région. La contrée est sauvage et le silence est simplement
interrompu par quelques cris d'oiseaux qui se chamaillent. Au retour,
nos vélos sans palliers de vitesse peinent un peu - et nous avec - au moment de surmonter un décrochage surélevé du chemin principal :
il s'agit de tronçons encore visibles de l'ancienne voie maya qui reliait le site de Cobà au site de Chichen Itza,
à plus de cinquante kilomètres de là. Cette voie, haute de 50 cm et
large d'au moins deux mètres, devait permettre les échanges économiques
et le transfert des troupes. Nous accédons ensuite au dernier groupe de
vestiges, de petits autels surmontés de stèles.
Les stèles gravées dont
tous les glyphes ont été irrémédiablement rongés par le temps - celui qui passe et celui qu'il fait - marquent l'accomplisssement d'un cycle calendaire.
C'était très certainement un lieu de fêtes et de cérémonies civiles
de grande importance. Nous sommes involontairement accompagnés par un groupe
d'étrangers anglophones aux allures patibulaires, sévèrement tatoués,
longues barbes, cheveux tombant sur les fesses, avec un petit air "Easy Rider". Leur intérêt pour le site etait réel et leur visite ponctuée de commentaires historiques très intéressants. Après 2h30 de visite à vélo, nous prenons le chemin du retour. Avant de
reprendre notre bus, nous prenons un déjeuner de salades et de
guacamole dans une gargote faisant face au lac qui semble avoir
récemment débordé, mais qui a été contrarié par une nouvelle petite
digue de sable surmontée d'une route provisoire.
A 15h20, nous reprenons notre bus et rentrons à Tulum. A l'hôtel, lecture, repos, nous profitons de la petite heure qui nous reste avant le coucher de soleil et le déclin du jour, qui arrivent très vite. J'en profite pour prendre un bain, seul, dans l'eau un peu fraîche de la Mer des Caraïbes. Comme à son habitude, le vent se lève et se met à souffler très fort, mais il ne réussit pas à nous empêcher pas d'aller dîner vers 20h au bon restaurant de l'hôtel : gambas à l'orange pour Anouk et gambas au lait de coco pour moi. Soirée tranquille de lecture et bientôt le sommeil, bercé par le vent.
Commentaires
Petite perle
"cette même forêt de feuillus qui ressemblent à des boulots"
Ne me dis pas que tu pensais déjà à la rentrée ?
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