19 janvier 2006
Farniente à Playa del Carmen
Quel plaisir de se réveiller à 8
heures, sans stress, sans avoir à préparer une nouvelle sortie, sans
devoir changer de ville et d'hôtel dans la même journée. Nous traînassons dans la chambre,
tirons les rideaux et découvrons, derrière l'autre hôtel de deux étages
que des êtres sans scrupules ont construit juste devant le nôtre, la
mer du Golfe du Mexique et, au loin, les hauts immeubles de l'île de Cozumel,
à trente minutes de bateau rapide. L'eau chaude de la douche - qui
s'est faite un peu attendre - nous délasse de nos derniers jours de
périple et nous met en forme pour la journée. Nous descendons prendre
le petit déjeuner qui consiste en un thé et deux croissants chauds
relevés de beurre et de confiture, offerts par l'hôtel. Des Québécois passent à côté de
nous, avec leur accent absolument irrésistible que nous ne nous lassons
pas d'entendre. Quelles sonorités riches et contrastées. Du coup, notre
français nous paraît pour le moins plat et monocorde. Nous sortons
ensuite découvrir la plage et enrichir notre petit-déjeuner d'un jus de
fruit frais. Le temps gris, les nuages accumulés et le vent permanent nous
gâchent un peu notre plaisir, alors que nous sommes allongés sur des transats à même le sable.
Il faut dire qu'une petite ville touristique comme Playa del Carmen
perd tout son charme quand le soleil se cache. Sans lumière, il ne
reste plus que la tristesse du béton peint et du pavé rebattu.
A 10h30, nous repartons avec nos sacs de linge sale à la recherche d'une laverie que nous trouvons grâce aux précieuses indications de notre Guide du Routard qui nous évitent une perte de temps inutile. Passant devant un café internet, nous nous arrêtons pour nos consultations du jour. Anouk écrit à ses amies tandis que sans beaucoup m'attarder je rentre à l'hôtel lire et me reposer un peu. Au bout d'une heure, Anouk me rejoint et nous réfléchissons ensemble à l'organisation de la fin de notre séjour. La région regorge d'activités et de sites, nous avons beaucoup de possibilités, un tri s'impose. Nous lisons les brochures disponibles dans l'hôtel et les pages idoines de notre guide. Notre choix s'arrête pour l'hébergement sur le petit village touristique de Tulum et son site maya en bord de mer, cas unique dans la région. Nous planifions également une visite du site archéologique sauvage de Cobá - qui remplacera un peu Tikal - et envisageons de passer une journée complète dans une sorte d'éco-parc d'attraction, dénommé "Xel-Ha", avec descente d'une rivière sauvage et baignade avec des dauphins. Personnellement, je mets une option sur la visite en apnée d'anciennes grottes de la région, un site appelé "Hidden Worlds", mais Anouk semble hésiter. Après une petite heure de repos, nous repartons vers 13h45 dans notre rue fétiche, la Avenida 5. Tout le charme de cette rue - que beaucoup décriront comme totalement surfaite - vient de la variété des gens qui s'y croisent et atteint son apogée une fois la nuit tombée. Nous nous arrêtons pour déjeuner et choisissons un restaurant végétarien : le "100% Natural".
Nous nous sommes assis juste à côté de la fontaine très kitch, décorée
de bananes et d'oranges, tandis que dans le bassin de rétention, l'eau
a la fâcheuse tendance de produire une étrange mousse de bulles
blanches. Il faut dire que nous avons de gros doutes sur l'eau qui
s'échappe des robinets depuis notre arrivée à Playa et le
simple fait de se brosser les dents avec l'eau courante prend des
tournures de mission douteuse. Bref, au menu : pâtes complètes et jus
de fruits et légumes : nous sommes calés pour l'après-midi. Les plats sont assez originaux, mais loin d'être exceptionnels gastronomiquement. Attention aux éventuelles déceptions. Dans la rue, les rabatteurs hèlent les
clients, avec leurs phrases toutes faites, dans toutes les langues,
reprenant le plus souvent le tube du moment sur la côte Est : "Hola Amigo, komm her, good price for you !"
Soit une séquence linguistique espagnol-allemand-anglais, bien constuite, avec une
bonne accroche, une progression dramartique et une chute bien sentie !
Malheureusement, l'impact constaté sur les touristes piétons semble faible. Du point de vue présentation des marchandises, les magasins
d'Amérique latine connaissent peu le phénomène de la "vitrine", réservé
apparemment aux magasins de marques étrangères ou de luxe. Ici, pas de
mise en valeur de quelques articles sélectionnés et stratégiquement mis
en scène dans une vitrine, non, c'est directement le "stock" qu'on expose, la quantité avant la qualité. Pas ou peu de
portes d'entrée, c'est une ouverture béante qui donne directement sur
trois murs en forme de "U" qui supportent tout un stock de hamacs, de
chemises, de tapis, de nappes ou de sacs. Exposer son stock sans en
sélectionner la meilleure part et sans la mettre en valeur, c'est
déverser sur le pavé public des tonnes de marchandises toutes
semblables, sans aucune autre forme de distinction que le ton et
l'apparence du rabatteur qui attend sur le trottoir. L'uniformité de
ces boutiques crée une sorte de monotonie visuelle, mais l'accumulation
de marchandises simule une sorte de pays de cocagne des souvenirs
mayas et relance finalement l'intérêt. Accroche visuelle par accumulation, et surtout une accroche
sonore par des vendeurs souvent attentistes, enfoncés dans leurs chaises. Et dans cette opulente monotonie de couleurs et de formes, c'est une
petite guerre des prix qui a lieu sur les trottoirs, mais pas entre des
boutiques concurrentes - dont on a l'impression qu'elles travaillent
parfois ensemble. Si la concurrence des prix en Europe a généralement
lieu entre les différentes enseignes d'un même secteur économique et se trouve
intégrée commercialement avant le moment de l'achat, ici, elle se
déplace au moment même de l'achat, entre le vendeur et son client :
marchandage oblige. Quelques mots, quelques soupçons d'hésitation
suffisent pour faire baisser le prix de quelques dizaines de pesos,
c'en est presque surprenant, mais ça marche, de la psychologie digne d'un poker de rue. Les gens s'arrêtent, les gens
regardent, les gens essaient, les gens discutent, les gens achètent ou
repartent avec un geste de renoncement de la main. Dans quelques jours, dans quelques
semaines, certaines nappes, certains sombreros, certains masques
pseudo-mayas partiront en voyage dans les valises d'un Américain ou
d'un Allemand et feront sans doute un plus long voyage que leur vendeur
mexicain ne le fera jamais dans sa vie. La vie des marchandises, quand
même, c'est quelque chose. Vous vous demandez sans doute pourquoi
j'insiste tant sur ces considérations sociologiques un peu extérieures ? Eh bien, tout
simplement parce qu'il ne se passe pas grand chose pour nous
aujourd'hui. Farniente. Le mot est très clair. Nous arpentons les rues dans tous les
sens, sans nous ennuyer le moins du monde et le temps passe plus vite
que nous ne le voudrions, mais, bizarrement, sans véritable contenu. Nous
nous laissons hypnotiser par ces marchandises qui croulent sous leur
propre poids.
Mais j'oublie de parler d'une autre mission qui nous prend aussi du temps : trouver un hôtel, si possible un bel hôtel, pour notre dernier jour au Mexique avant de prendre la navette pour l'aéroport de Cancun. Nous souhaitons passer notre dernier jour à Playa del Carmen, notoirement plus calme que Cancun et aussi proche de l'aéroport. Nous réinvestissons l'avenue dans l'autre sens, repérons un hôtel, visitons une chambre, nous renseignons sur les prix et cherchons déjà le suivant. Nous avons déjà visité une petite dizaine d'hôtels quand nous tombons béats d'admiration devant un superbe hôtel de luxe de la chaîne "Real", tout au bout de l'avenue 5. Nous entrons, sommes accueillis par une hôtesse charmante qui nous fait visiter une chambre "Junior Suite" et nous explique que c'est un hôtel "all inclusive" (c'est-à-dire "tout compris", repas, boissons, activités). Nous sommes très impressionnés par la décoration soignée de la chambre qu'on nous fait visiter et surtout par la taille de sa baignoire en marbre avec jets massants. Nous hésitons, mais nous avons bien envie de nous offrir ce luxe pour notre dernière journée au Mexique avant longtemps. Une journée et une nuit dans un hôtel de grand luxe, juste pour se reposer, juste pour repenser à notre séjour et à ses moments forts, juste pour profiter de la baie, juste pour pouvoir dire à nos généreux donnateurs que leur cadeau de mariage a été vraiment très apprécié. :-)
Mais nous allons réfléchir, car pour le moment, il nous faut penser au lendemain, à notre transfert à Tulum. Nous quittons l'hôtel, éblouis, mais encore un peu hésitants, bien sûr à cause du prix : nous ne sommes pas habitués, et sans doute encore sous le coup d'une certaine gêne caractéristique de la classe moyenne habituée à rester au plus près des dépenses directement liées à l'utile ou au domaine culturel. Une nuit dans un hôtel de luxe, c'est de l'éphémère pur, la beauté fugitive du superflu. Sur le chemin du retour, je m'arrête dans un café internet pour y mettre ce blog à jour et Anouk part chez une esthéticienne. Elle repasse me voir dans le café internet et rentre à l'hôtel se reposer un peu avant la bamba de la soirée que nous nous imaginons aussi animée que la veille. Après quelques heures de dur labeur sur internet, Anouk vient me rejoindre et nous partons dans notre restaurant d'hier parce que le garçon nous avait remis un bon de réduction de 10% pour un second repas sur place. Toujours bon à prendre. Installés cette fois sur la terrasse, quasiment dans la rue, nous commandons chacun un plat préparé devant le client : des camarons à la sauce coco pour Anouk et une langouste poêlée à l'ail pour moi. Après une petite séance d'installation du matériel nécessaire, les deux garçons, gais comme des pinsons, font mijoter nos plats sous nos yeux et nous expliquent étape par étape la composition du plat. Par là-dessus arrive tout un groupe de musiciens mexicains qui nous interprètent trois tubes estampillés "lune de miel" : "alegre y romantico". J'offre une rose rouge à Anouk et déguste un "mezcal", cet alcool dans lequel macère un gros vers blanc gisant au fond de la bouteille... Toute cette ambiance festive nous plaît beaucoup. La mi-saison nous épargne le trop-plein de touristes et rend la localité très agréable et l'atmosphère bon enfant. Quelle différence ici avec l'ambiance ambigüe et fortement sexuée de la Thaïlande ! Nous rentrons enfin à notre hôtel pour y passer une bonne nuit de repos.
Commentaires
A propos du mezcal
La mescaline est le seul hallucinogène (alcool compris) qui ne laisserait AUCUNE trace.
Dingue, non ? :-)
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